30 avril 1989

Sylvain Dafflon voit la vie en bleu-blanc-rouge

Le triathlon aux Jeux Olympiques, c'est pour demain. En 1992 à Barcelone et en sport de démonstration. Cette entrée discrète correspond néanmoins à une amorce de reconnaissance par ses pairs du monde sportif.

Même s'il est en passe d'atteindre une maturité qui lui permettra bientôt de s'émanciper en fédération, le triathlon made in France n'en reste pas moins difficile à maîtriser. Conception oblige : il n'est pas un et indivisible. Natation, cyclisme et course à pied possèdent au départ leur propre identité et, aux débuts du triathlon dans l'Hexagone, en 1982, il fut fréquent que l'une de ces disciplines prenne le pas sur les deux autres. La natation requérant la plus grande maîtrise technique des trois, ce sont donc les nageurs qui sortirent vainqueurs des premières épreuves. Car c'est là que se creusaient les écarts les plus significatifs. Au fil des années, cette tendance s'est estompée jusqu'à disparaître. Finis les nageurs, les cyclistes ou les coureurs à pied : voici venir les triathlètes. Parfaite illustration, le vainqueur de la finale de la Coupe de France A 87, à Mâcon, Roland Bertrans ne savait pas nager deux ans plus tôt.

Une nouvelle génération de triathlètes, la première authentique, est en marche. Jusqu'à lors, nous avions affaire à des sportifs venus de tous les horizons et reconvertis sur le tard à cette discipline. Dix ans après son arrivée en France, le triathlon va désormais pouvoir compter sur ses propres forces, nourries en son sein. Pari eux, le Mâconnais Sylvain Dafflon. Quatrième espoir 89 et 33e toutes catégories d'âge confondues, il aurait pu figurer à cette place dans la hiérarchie de la natation nationale. En 1986 en effet, il avait terminé à la 6e place du 100 m brasse des championnats de France espoirs. C'était à Mulhouse et ses 1'13" du moment étaient porteurs de tous les espoirs.

Mais l'avenir en décida autrement. Cette même année, après une regrettable brouille entre son club, le tout neuf Cercle des nageurs mâconnais, qui allait déboucher sur la disparition du C.N.M., il décidait de cesser la compétition et rejoignait les rangs du T.M.C. en pleine ascension. Ses talents de nageur lui permettaient tout de suite de s'imposer dans le triathlon « promo » de Mâcon. Le ton était donné. Suivait une année 87 marquée de nombreuses places d'honneur : 8e à Nevers (2e espoir), 23e à Paris (3e espoir) et 15e à Annecy (3e espoir). Malgré le service militaire et d'évidentes difficultés pour s'entraîner, il réussissait ensuite une bonne année 88 ponctuée par une victoire en espoirs à Marseille (29e au général), une 4e place à Chalon, une 7e à Oyonnax,une 10e à Annecy (2e espoir) et aux Lingons (2e espoir). A Mâcon, il terminait 5e et 2e espoir, la victoire générale revenant à Philippe Méthion et celle des espoirs à Prugnaud le nivernais, meilleur espoir français en 88. Voilà pour les chiffres.

A 20 ans, Dafflon est aujourd'hui placé sur de bons rails. Dès lors, son ambition, une place dans les vingt premiers nationaux et dans les trois meilleurs espoirs, est raisonnable si l'on considère ses progrès depuis deux ans et la disponibilité qu'il compte se donner cette saison. Le Mâconnais consacre en effet l'année 89 à la préparation d'un brevet d'Etat en vue de passer le Besan (diplôme de maître-nageur-sauveteur) en 90. Il lui est ainsi possible de dégager quinze heures hebdomadaires pour s'entraîner : trois pour la natation (10 km), huit pour le vélo (2501 km) et le reste pour la course à pied (40 km sur route et les séances de fractionné).

Cette année, il a tout particulièrement travaillé le dernier volet de la trilogie, son point faible, n'hésitant pas à signer une licence à l'E.A.M., le club d'athlétisme local, avec lequel il a participé à l'ensemble de la saison hivernale avant de débuter la piste. Son premier 1000 mètres, couru en 2'42", fut d'ailleurs très significatif des progrès réalisés.

La progression du jeune Mâconnais n'a pas échappé aux responsables nationaux, à commencer par Patrick Dréano, vainqueur à Mâcon en 86 et responsable de l'équipe de France, qui l'a retenu pour le stage national qui débutera demain à Boullouris et regroupera les trente meilleurs français pendant une semaine. Ce stage entièrement pris en charge par le Co.Na.De.T, fera une large part au suivi médical. En janvier déjà, Sylvain avait participé au stage d'oxygénation et de ski de fond organisé à Bressans, dans les Alpes.

A la porte de l'équipe de France, il est bien décidé à la pousser à l'occasion du triathlon de Saint-Jean-de-Monts, le 28 mai, un terme duquel sera formée l'équipe qui représentera notre pays au championnat d'Europe seniors, au Danemark.

Quoiqu'il en soit et quoi qu'il en sera, Sylvain Dafflon a le sentiment de suivre le chemin idéal : « le triathlon, c'est beau et c'est dur. J'y trouve un équilibre, et je mène la vie qui me plaît ».

Philippe PITAUD