9 juillet 1989

Smicards et surdoués

Ils ont beau compter parmi les premiers mondiaux, les triathlètes australiens n'en connaissent pas moins quelques problèmes de reconnaissance dans leur pays. La preuve ? Ils ont dû eux-même rassembler l'argent de leur déplacement aux championnats du monde. France ou Australie : le triathlon cherche encore son rythme de croisière.

Tout l'après-midi, les organisateurs mâconnais ont coché les arrivants, distribué les dossards et rappelé les horaires du dimanche. 9h30 : accès au parc à vélos, pointage par les commissaires. 12h30 : fermeture du parc ; 12h45 : briefing course. 13h15 : mise en place sur la plage de départ. 13h30 : départ de l'épreuve de natation. Ceci deux-cent-quatre-vingt-seize fois. Une fois par concurrent engagé.

Mâcon « Aussie »

Les triathlètes se sont succédés avant d'enfourcher leur vélo au guidon corné et de prendre le chemin de l'entraînement. Ambiance fluo dans les rues mâconnaises et sur les chemins de la régions : le triathlon a pris ses quartiers.

Les Australiens n'échappent pas à la règle. A cette différence qu'arrivés mardi dernier à Mâcon, ils font l'objet d'un traitement de faveur. Et pour cause : ils sont hébergés dans des familles locales et à ce titre, ils ont noué des liens avec une bonne partie du T.M.C. Les deux féminines et surtout les quatre masculins ont par ailleurs fait la preuve qu'ils étaient tout sauf des tristes. Voilà qui a sensiblement facilité les choses, notamment dans leur intégration dans le petit monde mâconnais.

Samedi, après trois jours d'entraînement intense, ils ont levé le pied et consacré une bonne partie de leur après-midi à la décontraction. Les habitués de la piscine locale ont été les premiers à profiter de leurs facéties, dans l'eau, un élément où en tout bon « aussie » qui se respecte, ils se sentent particulièrement à l'aise.

« Ils aiment deux choses par dessus tout : les femmes et la bière » dit d'eux Philip Gabel. L'homme sait de quoi il parle : il est lui-même citoyen d'Australie quoique résidant en France où il s'est marié. Les fidèles du triathlon mâconnais connaissent bien sa silhouette : en 87 comme en 88, il était sorti en tête de l'eau. Bon sang ne saurait mentir. Mais il ajoute : « ce sont de super-athlètes ». Et il le prouve, C.V. à la main.

Costauds

Brad Beven, tout d'abord. Le « paysan ». 20 ans. Domicilié dans le Nord Queensland, au milieu des marais où les crocodiles passent ses camarades de jeu. « C'est avec eux qu'il s'entraîne » commente Gabel, « et d'ailleurs, il 'a pas le choix : la première piscine est à plus de 30 km. Et la première ville digne de ce nom à environ 1 000 bornes  ».

Quand t'es dans le désert... Champion d'Australie en catégorie A, Brad peut se vanter d'avoir déjà battu Bob Barel et Steven Foster, deux références dans le circuit triathlétique. Ses records 17'15" sur les 1 500 m à la nage, 56' sur 40 km à vélo et 32' sur les 10 km. Enchaînés. Ouf...

Puis Greg Welch. Le plus âgé : 24 ans. Un bon coureur : 29'40" sur 10 000 mètres, après 1 500 m en 18'30" et 40 km en 58 (!). Il a déjà représenté son pays aux championnats du monde de cross.

Troisième de la bande, Nick Croft sera à surveiller dans l'eau et sur le vélo. Ses temps : 17'30 sur 1 500 m et 56' sur 40 km. Suivis de 32' sur 10 km. Il a terminé dixième de la Worls Cup 88.

Pour finir, Spot Anderson. Sport « parce beaucoup tacheté » précise Philip Gabel. Ses temps : 18', 547', 31'. Un athlète complet. Et excessivement rigolard. A 23 ans, il n'en est pas moins un concurrent très sérieux : champion d'Australie catégorie B et vice-champion catégorie A en 89.

Chez les féminines, ce n'est pas mal non plus. Sue Turner a décroché le titre national B en 87, Louise Bonham les titres nationaux B et C en 88 et 89, elle a été vice-championne d'Australie 89 en A et 10e du triathlon d'Hawaï 88.

Débrouille

Point commun : ils ont tous eu à réunir par leur propres moyens les 15 000 francs nécessaires à leur déplacement en France, car en Australie aussi le triathlon n'a pas fini la lutte pour sa reconnaissance. « Ce n'est pas un sport olympique » explique Gabel. Tout le monde s'y est mis : parents, amis, jusqu'aux banques que certains ont dû contacter pour un prêt. Pas facile, d'autant qu'ils ne sont que semi-professionnels et assurent tout juste leur vie matérielle, exception faite pour Sue et Louise qui ont choisi de travailler huit heures par jour comme tout le monde et de s'entraîner quand c'est possible.

Sur place, ils comptent donc sur les responsables locaux qui leur offrent le gîte et le couvert. C'est le cas à Mâcon, comme ce le sera au Puy puis à Munich où l'équipe se rendra avant de rejoindre Avignon pour un stage de deux semaines qui précédera les championnats du monde. Ensuite il leur faudra assurer les déplacements de Vancouver et Chicago avant de reprendre le chemin de l'Australie. Long périple, le premier du genre, d'où ils veulent ramener un titre mondial.

Pour l'heure c'est cet après-midi qu'ils ont rendez-vous avec leur premier triathlon français. Une confrontation enrichissante dans la mesure où ils seront opposés aux meilleurs spécialistes nationaux, y compris le champions de France sortants (A, B, espoir et féminine). A ne pas manquer.

Philippe PITAUD