25 mai 1991

Le rêve de Samuel : de l'or pour l'Europe

Il manquera beaucoup dans le paysage mâconnais du 2 juin. Garçon sympathique et équipier modèle, Samuel Pierreclaud n'a pas, hélas, le don d'ubiquité. Qualifié pour les France U.N.S.S. de Chalain — une victoire le qualifierait pour les championnats d'Europe — il ne sera pas avec ses copains du T.M.C., dimanche, sur les bords de Saône.

Mais il aura sans doute une pensée pour eux. Car il est ainsi, Sam, avec son cœur gros comme ça, son sens de l'amitié et sa conception du sport fleurant bon l'authenticité. Ce grand garçon blond qui vient de souffler ses 19 printemps est incontestablement un athlète attachant ; et sacrément talentueux, ce qui ne gâte rien.

Il n'a pas la grosse tête pour deux sous. En ce sens, il est bien à l'image de son club, le T.M.C., club sérieux qui a justement l'intelligence de ne pas se prendre au sérieux. Ici, les résultats au plus haut niveau n'exalteront jamais des bouffées de mégalomanie. Le succès ne tourne pas les têtes et c'est très bien ainsi.

Objectif, le podium

Samuel ne sera pas avec ses petits camarades ce dimanche 2 juin pour le 9e triathlon international de Mâcon. C'est bien sûr un authentique crève-cœur. Mais il n'a pas le choix puisqu'ont lieu le même jour les championnats de France U.N.S.S. pour lesquels il a brillamment décroché sa sélection. Dans l'écrin verdoyant de Chalain, Samuel espère bien grimper sur l'une des marches — si possible la plus haute — du podium. La médaille d'or lui ouvrirait les portes des championnats d'Europe. Le junior du Triathlon-Mâcon-Club en a incontestablement les moyens : pour preuve, s'il en est besoin, sa récente 5e place au général du triathlon catégorie A de Bar-le-Duc, avec une victoire en catégorie junior à la clef.

Ses débuts dans le triple sport remontent à 1987. C'est son père, Jean-Paul, grand sportif devant l'Éternel— n'a-t-il pas gagné la seconde édition du triathlon de Mâcon en 1984 — qui lui donne le goût de ce sport né de l'autre c^té de l'Atlantique.

Tout commence par la natation

Avant de faire ses gammes dans le sport pluridisciplinaire, Samuel se contentait d'aligner des longueurs dans l'eau chlorée des piscines. A l'âge de 8 ans, il faisait en effet ses grands débuts en natation ; il en fera plusieurs années avec une belle constance ; seule infidélité, l'année de quatrième où il joue au football sous les couleurs flacéennes. Mais comme le ballon rond n'est pas vraiment sa tasse de thé, il retrouve bien vite le chemin des lignes d'eau. Puis en 87, c'est le coup de foudre pour le triathlon. Dès sa première année, il participe aux championnats de France scolaires, disputés à... Bar-le-Duc. Son manque d'expérience ne l'empêche pas de terminer premier minime. En 88 et 89, il poursuit son apprentissage ; il participe notamment aux premiers championnats du Monde en Avignon où il prend la 14e place de la catégorie d'âge 15/20 ans. Il n'est pas le seul mâconnais dans la cité des papes puisque les deux autres grands espoirs du club cher au président Patrick Petitjean, Sylvain Dafflon et Sébastien Fabre participent à ce premier rendez-vous planétaire.

5e espoir français

1990 marque la première vraie saison de Samuel. Il participe à huit triathlons de catégorie A et termine la saison à la 5e place nationale en espoirs. En U.N.S.S., il carbure au super, puisqu'il s'octroie la médaille de bronze aux France à Bombanne, près de Bordeaux. Il espère faire mieux dimanche à Chalain. Pour cela, Samy s'est magnifiquement préparé. Christophe Atry, entraîneur de l'équipe de France cadette — il suit en outre plusieurs triathlètes, tels Sébastien Fabre, Béatrice Mouthon ou encore l'australien Tod Voss — lui élabore ses plans d'entraînement.

Avant Chalain, Samuel a notamment travaillé en intensité. Cette semaine s'est ainsi traduite par 16 heures de travail : 16 km en natation, 210 km à vélo et 45 km en course à pied. Dans le Jura, ses points forts ne demanderont qu'à s'exprimer : la natation, forcément, et la course à pied, spécialité de la famille Pierreclaud. Outre Jean-Paul, sa maman Claudie est une adepte de la course sur route. Samuel a juste quelques progrès à faire en vélo. En effet, s'il adore les bosses, son gabarit ne lui permet pas de tirer de gros braquets sur le plat. Question de puissance physique.

Cet élève de terminale A du lycée René Cassin a de nombreux objectifs cette saison, sportifs et extrasportifs. Dans la première catégorie, il cite dans le désordre « un podium aux France U.N.S.S., une sélection en équipe de France junior et une grande saison avec le T.M.C., un club super sympa au sein duquel l'esprit demeure ».

Même s'il n'a pas le temps de pratiquer d'autres disciplines, notre junior aime quasiment tous les sports : football, tennis, athlétisme, handball, volley ; la liste n'est pas exhaustive. Jeune homme de son époque, il aime aussi la musique — new wave, notamment — le cinéma, la lecture et... la politique, même si son emploi du temps ne lui laisse pas suffisamment de disponibilité.

Oui, Kant écrivait dans son traité de pédagogie ces quelques mots qui n'ont pas pris une ride : « La nature du corps et celle de l'âme s'accordent en cela qu'en les cultivant, on doit chercher à les empêcher de se gâter et que l'art ajoute quelque chose encore à l'une comme à l'autre. On peut donc, dans un certain sens, appeler physique la culture de l'âme tout aussi bien que celle du corps ». C'est du Juvénal avec, en prime, un zeste de magie kantienne. Si le sujet tombait au bac, le 5 juin prochain, Samuel serait sans aucun doute aussi inspiré qu'au départ d'un triathlon...

Jean-Michel BONNET