3 juin 1991

Le kangourou, victoire en poche...

Dimanche de grand bleu pour le Triathlon-Mâcon-Club. Elne, Reboul et Dafflon, en terminant sur les talons de l'Australien Johnson ont permis au T.M.C. de cueillir une belle victoire par équipe dans son jardin.

Le bonheur n'arrive jamais seul, c'est bien connu. Au même moment, dans l'écrin verdoyant de Chalain, Samuel Pierreclaud devenait champion de France U.N.S.S....

Il a le même prénom que la grande championne australienne de natation, Shane Gould, qui a trusté nombre de médailles d'or dans l'eau chlorée des piscines. Johnson, c'est de lui qu'il s'agit, a fait honneur à son pays en posant sa grosse patte de kangourou sur le 9e triathlon international de Mâcon, un triathlon par ailleurs très estival, bien fait pour envoyer aux oubliettes le froid de canard de la précédente édition.

Le ciel bleu, le niveau relevé de l'épreuve et le talent de l'armada du T.M.C. avaient attiré la grande foule sur les bords de Saône. Les spectateurs, même les « accros » de la planète rouge privés pourtant de Roland Garros — fort heureusement il y a France-Infos — n'ont pas regretté leur dimanche au bord de l'eau. Le départ du triathlon, sur la plage du port de plaisance, est toujours un pur régal pour la rétine. Magie des couleurs... Justement, dès les premiers mètres en natation, ce sont les adversaires de Shane Johnson qui en ont vu de toutes les couleurs. Ils ont dû se contenter d'admirer son battement de pieds et son crawl admirable creusant un sillon rectiligne dans la flotte. Ce Johnson n'est pas natif des antipodes par hasard !

La course en tête

Personne ne l'inquiétait sur les 1500 mètres du parcours aquatique. Gilles Reboul, Sylvain Dafflon, Stéphane Sansorgne, le junior de Vichy, et John Westdal, le canadien d'Andrézieux, naviguaient à quelques longueurs. L'Australien de Tricastin ralliait la berge avec une cinquantaine de mètres d'avance.

On se disait qu'un tel écart pouvait fondre comme neige au soleil ; erreur. Le kangourou cycliste valait le kangourou nageur ! Comme quoi un marsupial peut en cacher un autre ! Après un départ canon et un arrêt minimum au garage à vélo, style changement de pneumatiques chez Mac Laren, il trouvait rapidement son rythme de croisière ; un rythme bien éloigné — aux... antipodes, forcément d'un train de sénateur.

Sylvain Dafflon donnait bien tout ce qu'il avait dans les jambes. Indifférent aux rougeoyants champs de coquelicots qui enflammaient le paysage, le sociétaire du T.M.C. n'avait qu'une idée en tête : rattraper le cycliste armé d'une roue à bâtons (devant) et d'une roue lenticulaire (derrière). Sylvain, mais aussi Gilles Reboul, et autres Hugues Sarrazin ne ménageaient pas leurs efforts entre Charbonnières et Clessé ou dans la somptueuse grimpette du belvédère de Burgy, là où l'étroit ruban de bitume accentue la solitude des hommes.

Elne, quel finish !

Mais Johnson tenait bon la route. L'écart était stabilisé à 50 secondes entre lui et les autres lancés à ses trousses. On n'arrête pas un garçon bien décidé à être le second Australien à écrire son nom au triathlon de Mâcon, après Greg Welsh en 1989. Arrivé avec une minute d'avance au terme de 40 kilomètres à vélo, Johnson repartait avec un cœur gros comme ça et le pied léger. Il se contentait de contrôler en bouclant les 10 km pédestres en 34'29". Derrière, l'ordre était quelque peu bousculé. Jean-Louis Elne, étonnant en cyclisme (meilleur temps en 1 heure et 14 secondes), et Gilles Reboul, très fringant lui aussi tout au long de cette après-midi de juin, coiffaient Sylvain Dafflon sur le poteau.

En prenant les 2e, 3e et 4e places, le T.M.C. transformait son succès en triomphe. D'autant que Bernard Maudonnet, excellent 10e et Laurent Cali, 11e, apportaient des points précieux pour le classement par équipe.

Sam qui rit, Seb qui pleure

Avec 30 points au compteur, le club cher à Patrick Petitjean, dominait très largement Tricastin et Andrézieux. Cette victoire collective mettra du baume au cœur (meurtri) de Sébastien Fabre. Sans jambes, vidé de toutes ses forces vives, le vice-champion d'Europe junior n'a jamais été dans la course. Ce n'est rien, Seb, il y aura d'autres courses à gagner. Demain est un autre jour. A l'inverse de son pote Sébastien, Samuel Pierreclaud a vécu un dimanche divin : médaille d'or aux championnats de France de Chalain, dans le Jura, et sélection pour les championnats d'Europe. Voilà qui va donner le moral pour le baccalauréat et notamment pour l'écrit de philosophie, programmé pour ce mardi 5 juin. Bon vent, Sam...

Jean-Michel BONNET